Les bénéfices d'une relation concrète à la nature sur notre santé mentale
Impact de la relation au Vivant
Temps de lecture estimé : 5 minutes
Article rédigé par une humaine.
Bonjour et bienvenue aux nouveaux venus !
En fin d’année, la journaliste engagée Caroline Blaes m’a fait la joie de me convier à une table ronde intitulée “Femmes et santé mentale, l’équilibre sur le fil”. Vous pouvez écouter le podcast enregistré ce soir-là, ici : Podcast Good Morning Impact
Préparer cette intervention m’a donnée envie de vous parler de l’impact de notre relation à la nature c’est-à-dire aux autres formes de vie : végétal, animal, minéral, microbien… sans oublier les phénomènes météorologiques, bref au Vivant.
Cette édition est écrite avec le concours du Fonds de dotation NOUVEAU MONDE qui parraine le lancement de mon livre “La stratégie du repos”. Nouveau Monde est un fonds de dotation familial qui finance et accompagne des projets d’intérêt général favorisant le bien-être mental par la diffusion de pratiques de régulation émotionnelle et relationnelle.
AU PROGRAMME :
Un manque de nature
Les bénéfices d’un engagement avec la nature
de quoi parle-t’on ?
des bénéfices physiques et psychiques multiples
des bénéfices connexes
La relation à la nature dans la santé mentale préventive et curative
Des actions de terrain en faveur de la relation à la nature en France
Les éclaireuses et éclaireurs de la nature
Des enfants et des arbres
C’est parti ! 👇
Un manque de nature
Si au cours des derniers siècles l’humanité a déployé toute son énergie à contrôler et à exploiter la nature, elle n’a pas véritablement porté conscience à l’impact que cela aurait sur elle. Nous avons cru que nous étions des citadelles imprenables, hermétiques à notre environnement alors que c’est lui qui nous constitue, nous modèle, nous donne vie.
Ainsi en transformant profondément notre environnement : urbanisation, pollution des eaux/sols/airs, destruction de la biodiversité, industrialisation de l’alimentation, digitalisation et artificialisation des modes de vie, nous nous sommes progressivement et inconsciemment privés des bénéfices physiologiques et psychiques que nous offre la nature.
La psychiatrie occidentale accentue cette rupture avec notre environnement en excluant de son approche soignante, tout ce qui n’est pas humain dans la vie du patient. Seules les relations humaines sont étudiées et les patients sont isolés dans des salles aux murs blancs et à la lumière artificielle pour tenter d’aller mieux.
S’il ne s’agit pas pour moi de proner une utilisation de la nature qui ferait perdurer un extractivisme et productivisme outrancier, il me semble néanmoins essentiel pour chacun d’entre nous, de comprendre comment la nature nous aide à nous construire et nous régule. Encore plus lorsque l’on sait que la distance en France entre le domicile et un lieu de nature atteind 16km, que le nombre de visites des parcs naturels aux USA et au Japon est en déclin tout comme la reconnaissance des espèces naturelles chez nos enfants et la représentation de la nature dans nos créations artistiques.
Certains parlent aujourd’hui “d’enfants d’intérieurs” pour évoquer ce phénomène de rupture avec l’environnement naturel quand dès 1960 Carl Gustav Jung et Arne Naes parlaient du “syndrôme du bocal fermé” aussi nommé plus récemment (2005) “nature deficit disorder” autrement dit trouble d’un déficit de nature par l’auteur américain Richard Louv dans son livre Last Child in the Woods.
Les études scientifiques en ce sens s’accumulent : notre relation à la nature est un pilier essentiel du bien-être humain.
Les bénéfices d’un engagement avec la nature
Photo ci-dessus : cours pendant mon master en écologie holistique au Schumacher College (2023)
De quoi parle-t’on ?
S’il a été démontré scientifiquement les bénéfices physiologiques de la contemplation d’images ou de l’écoute de sons de nature, nous parlons ici d’une relation concrète à la nature engageant :
une présence physique
des interactions sensorielles
une relation active : marcher, toucher, cultiver, observer, écouter, sentir…
une certaine forme de régularité, de répétition
Des bénéfices physiques et psychiques multiples
Activation du système nerveux parasympathique
Etre en nature active la branche parasympathique de notre système nerveux qui permet de sortir d’un état de stress et qui active les processus régénératifs tout en nous rendant plus ouvert à la relation.
Enrichissement de la biodiversité microbienne
Un contact régulier avec les sols, les plantes et l’air extérieur expose le système immunitaire à une diversité microbienne. Hors notre bonne santé physique et mentale dépend de cette diversité alors qu’il a été démontré que l’éloignement excessif des environnements naturels pourrait contribuer à certaines maladies inflammatoires et troubles psychiques.
Ainsi, le simple fait de jardiner, de construire des cabanes en forêt ou de s’occuper d’animaux fermiers :
renforce les défenses immunitaires
réduit le risque d’allergie
soutient nos microbiotes notamment cutanés et intestinaux
Régulation de notre physiologie
Etre en relation à nature influence directement plusieurs paramètres biologiques :
augmentation de la production de neurotransmetteurs (dopamine, endorphine, oxytocine)
baisse de la pression artérielle
réduction du cortisol (hormone du stress)
amélioration de l’humeur et du sommeil via l’exposition à la lumière naturelle et aux phytoncides (molécules volatiles émises par les arbres)
Je vois la nature comme une extension régulatrice de nos organismes.
Apaisement mental
Quotidiennement nos organismes sont agressés par une multitude de flux d’informations, une superposition de bruits ambiants, un maillage d’ondes diverses, de nombreuses injonctions à faire ci ou ça… Nos corps et nos esprits ne sont pas calibrés pour traiter autant de stimulis externes qu’ils soient sensoriels ou intellectuels.
Les pratiques de reliance que je guide lors de mes explorations et accompagnements permettent aux participants.es de renouer avec leur sensorialité et leur intuition. Être en nature ne nous demande rien d’autre que d’être dans une écoute attentive. Notre attention se porte sur ce qu’il se passe tout autour de nous. Nous redécouvrons les sons, les couleurs, les textures, les formes, les senteurs, les éléments… et nous découvrons qu’ils communiquent avec notre être par l’intermédiaire des sensations et des ressentis. Alors nous expérimentons qu’en étant pleinement présent.e au vent dans les arbres ou à l’éclat de la lune, notre attention se tourne naturellement vers ce qu’il se passe en nous. Elle nous recentre intérieurement. L’usage de notre corps est allégé de la saturation du mental. Il devient plus simple, plus évident, plus ancré dans la réalité de la matière et du moment présent.
La nature nous restaure, permet au cerveau de récupérer après des périodes de concentration intense ou de surcharge cognitive.
Ont été observé :
une diminution des symptômes dépressifs et ruminations mentales
une augmentation du sentiment de vitalité
une meilleure régulation émotionnelle
une perception de la vie plus positive
une meilleure estime de soi
une diminution du sentiment d’isolement
Amélioration de nos capacités
De nombreuses études réalisées sur des personnes atteintes de troubles de l’attention, du spectre autistique, de l’apprentissage, ont mis en évidence chez les enfants comme chez les adultes, les effets suivant :
une meilleure capacité relationnelle
une plus grande capacité d’attention et de concentration
une plus grande créativité
une meilleure mémoire
une capacité d’apprentissage favorisée
Des bénéfices connexes
La nature nous confronte à des réalités plus vastes que nous-même : cycles saisonniers, naissance et mort, interdépendance des espèces, ce qui nous ouvre à :
le temps cyclique et l’alternance de l’action et de l’inaction
le sentiment d’appartenance au monde vivant et une certaine humilité
une perception du temps longs plutôt que de l’immédiateté et du zapping
la résonance, l’émerveillement
Développer et entretenir notre relation à la nature nous aide à retrouver une compréhension de notre place dans le monde alors même que notre société humaine traverse une époque pleine d’instabilité et d’incertitudes. Le Vivant peut devenir soutient dans le quotidien et à chaque étape importante de nos vies.
La relation à la nature dans la santé mentale préventive et curative
En 2024 lors de mon intervention à l’Assemblée Nationale sur la santé mentale, je préconisais d’éduquer le grand public et les métiers de la santé aux liens entre environnement de vie et santé mentale. D’autres pays ont déjà emprunté cette voie.
Au Canada, il est possible de se voire prescrire chez le médecin une cure de nature afin de prévenir le stress et l’anxiété. Cette ordonance donne accès aux 80 parcs nationaux pendant une année. L’université du Québec a créé un cursus pionnier d’études supérieures spécialisées en interventions par la nature à destination des professionnels de santé et des services sociaux. L’intention est d’encourager à l’intégration de pratiques de pleins air en formant sur les effets positifs de l’engagement avec la nature et en outillant les professionnels pour la mise en oeuvre sur le terrain.
En Allemagne, 60 sentiers à travers tout le pays sont destinés à la marche pieds nus offrant ainsi aux citoyens des kilomètres accessibles pour la pratique du “grounding”.
En Corée du Sud, le Korean Forest Wellfare Center propose un programme d’immersions en forêts. Celles-ci étant éloignées des villes, il est encouragé de loger sur place pour 2 ou 3 nuits à tout petit prix. Chaque jour des activités libres ou guidées sont proposées dans ces centres.
Des actions de terrain en faveur de la relation à la nature en France
Les Éclaireuses et Éclaireurs de la Nature (EDLN) sont un mouvement d’éducation populaire agréé qui proposent des camps et activités en pleine nature à destination des enfants et des jeunes.
Ces immersions en extérieur dans un cadre forestier sont structurées par une pédagogie permettant aux jeunes d’expérimenter concrètement le déploiement de son attention, l’observation et le respect de son milieu, la coopération, l’autonomie et la responsabilité.
Que ce soit le soir autour du feu, dans la construction d’un abri ou lors de la préparation des repas, les activités qui font le quotidien du camps favorisent une régulation naturelle : retour du rythme jour/nuit, alternance de focus de l’attention lors des activités engageantes et de vagabondage mental en phases de repos, présence au corps et à ses sensations, apprentissage des relations entre intériorité et temps collectifs.
Expérimenter un camp EDLN c’est sortir de la conception de la nature comme simple décor de nos vies humaines. La nature devient un milieu de vie, d’apprentissage, de découverte, de relation, de régulation émotionnelle et d’épanouissement.
Les parcours éducatifs proposés sont fondés sur la vie collective, le lien à la nature et l’autonomie et offrent à ces enfants, de profiter des bénéfices multiple d’une relation engagée avec la nature.
Des Enfants et des Arbres met en lien des agriculteurs et des classes d’enfants pour planter des haies bocagères dont le rôle est essentiel : protection de leurs cultures, habitats pour la biodiversité, moins de ruissellement des sols, etc.
A l’issus de cette sixième saison de plantations, 26 000 enfants auront mis les mains dans la terre, appris à observer le vivant, appréhendés le temps à l’echelle du monde végétal. Face aux enjeux écologiques et à l’anxiété qui peut émerger, cette action restaure la capacité d’agir et nourri un sentiment d’appartenance au collectif et à la toile du vivant, deux leviers essentiels dans la prévention d’une bonne santé mentale.
Cultiver sa relation à la nature est un enjeu majeur de notre époque aussi bien d’un point de vue de notre santé physique et mentale que d'un point de vue des enjeux écologiques. Les initiatives à destination d’un jeune public se multiplient et les études menées sur les bénéfices d’une relation resserée aux forêts, aux rivières, aux vents, aux arbres, aux roches, aux oiseaux… font renaître l’espoir tout en aidant les jeunes à trouver leurs places dans le collectif humain et le vivant en général.






